Le marché de la multirisque professionnelle (MRP) couvre aujourd’hui la grande majorité des TPE et PME françaises, mais les contrats proposés sous cette appellation unique cachent des périmètres de garanties très variables. Depuis janvier 2025, la hausse de la surprime catastrophes naturelles et l’arrivée de la résiliation infra-annuelle pour certaines entreprises ont modifié les paramètres de comparaison. Décortiquer les garanties ligne par ligne reste le seul moyen fiable d’éviter un décalage entre la couverture souscrite et le risque réel.
Surprime catastrophes naturelles : un nouveau critère de comparaison des contrats MRP
Depuis le 1er janvier 2025, la surprime catastrophes naturelles est passée de 12 % à 20 % de la cotisation dommages aux biens, en application d’un arrêté du 22 décembre 2023. Cette augmentation concerne tous les contrats de dommages, y compris les multirisques professionnelles.
L’impact sur la prime finale dépend directement du poids de la garantie dommages aux biens dans le contrat. Une entreprise occupant un local en zone inondable verra sa cotisation globale augmenter bien plus qu’un consultant travaillant depuis un bureau en étage. Pour comparer les contrats multirisque pro, il faut désormais isoler la part de cette surprime dans chaque devis et vérifier comment l’assureur gère son exposition aux sinistres climatiques.
Deux contrats affichant des garanties dommages aux biens similaires peuvent présenter des primes finales très différentes. La solidité financière de l’assureur face aux événements climatiques devient un indicateur à part entière, au même titre que le montant des franchises.

Règle proportionnelle et capitaux déclarés : le piège qui divise l’indemnisation
La plupart des articles sur la MRP listent les garanties (incendie, vol, bris de machine) sans expliquer le mécanisme qui réduit concrètement les indemnisations. La règle proportionnelle de capitaux fonctionne de manière simple : si la valeur déclarée de vos biens ne représente que la moitié de leur valeur réelle, l’assureur ne versera que la moitié de l’indemnité due, même si le sinistre est inférieur au plafond du contrat.
Ce mécanisme s’applique aux locaux, au matériel, au stock et parfois au mobilier professionnel. Il transforme une sous-déclaration, souvent involontaire, en pénalité financière le jour du sinistre.
Vérifier les capitaux ligne par ligne
Comparer deux contrats MRP sans vérifier la cohérence entre les capitaux déclarés et la valeur réelle des biens assurés revient à comparer des prix sans comparer des prestations. Avant de mettre en concurrence les devis, un inventaire actualisé du matériel et du stock s’impose. Un contrat moins cher avec des capitaux sous-évalués coûte plus cher au sinistre.
Garantie perte d’exploitation : durée d’indemnisation et délai de carence
La perte d’exploitation couvre le chiffre d’affaires perdu pendant la période où l’activité est interrompue après un sinistre garanti. Cette garantie figure dans la majorité des contrats MRP, mais deux paramètres varient d’un assureur à l’autre et changent radicalement la protection réelle.
- La durée maximale d’indemnisation : certains contrats limitent le versement à quelques mois, d’autres vont jusqu’à un an ou plus. Pour un commerce ayant besoin de travaux longs après un incendie, la différence est considérable.
- Le délai de carence (ou franchise temporelle) : période initiale pendant laquelle aucune indemnité n’est versée. Un délai de carence de quelques jours peut être absorbable pour une grande structure, mais représenter un risque de trésorerie sérieux pour une TPE.
- Le mode de calcul de la marge brute : certains assureurs se basent sur le dernier exercice comptable, d’autres sur une moyenne pluriannuelle. Une entreprise en croissance rapide peut se retrouver sous-indemnisée si le calcul repose sur un exercice ancien.
Comparer les contrats sur cette garantie exige de lire les conditions particulières, pas seulement le tableau de synthèse du devis.
Responsabilité civile professionnelle et MRP : une inclusion à vérifier
Un réflexe répandu consiste à considérer que la RC professionnelle est automatiquement intégrée dans la multirisque pro. Les retours terrain divergent sur ce point. Certains contrats MRP n’incluent pas la RC pro, ou la limitent à la responsabilité civile exploitation (dommages causés dans vos locaux à un tiers), sans couvrir les fautes, erreurs ou omissions liées à l’exercice du métier.
La distinction a des conséquences directes. Un architecte, un consultant ou un professionnel du BTP a besoin d’une RC professionnelle couvrant ses prestations intellectuelles ou techniques. Si le contrat MRP ne couvre que la RC exploitation, il faudra souscrire une garantie complémentaire, ce qui modifie le coût total de la couverture.
Cyber-risque : une extension encore marginale
La couverture des cyberattaques dans les contrats MRP reste limitée. Quelques assureurs proposent des extensions, mais la majorité des contrats MRP standard ne couvrent pas les dommages liés à une cyberattaque. Pour les entreprises dont l’activité dépend d’un système informatique, un contrat cyber dédié reste souvent nécessaire en complément de la MRP.

Résiliation infra-annuelle pour les TPE : ce que change la loi de 2026
La loi de simplification de la vie économique du 26 mai 2026 a introduit l’article L.113-15-2-1 du Code des assurances. Ce texte crée une faculté de résiliation infra-annuelle pour les contrats tacitement reconductibles couvrant les dommages aux biens des TPE et PME.
Ce changement modifie l’exercice de comparaison. Les entreprises concernées ne sont plus prisonnières d’un contrat annuel qui ne correspond plus à leur activité. Elles peuvent renégocier ou changer d’assureur en cours d’année, ce qui renforce leur position lors de la mise en concurrence des offres.
La portée exacte de ce dispositif (seuils de chiffre d’affaires, types de contrats concernés) mérite une lecture attentive du texte, car toutes les MRP ne sont pas nécessairement éligibles à cette résiliation facilitée. Les données disponibles ne permettent pas encore de mesurer l’impact concret sur les tarifs du marché, mais le levier de négociation existe désormais pour les petites structures.

